Le Quartier latin en Exakta
C'était une expérience. Je ne la renouvellerai probablement pas. L'appareil est un Exakta Varex qui dormait dans la famille depuis un demi-siècle. Un bel objet, comme les Allemands savaient en produire dans les années 1950, mais peu commode, et dont la réelle qualité et le charme n'apportent pas de valeur ajoutée par rapport à d'autres argentiques plus pratiques. Le constructeur a connu quelques vicissitudes, après la guerre, la marque Jhagee étant captée par la RDA, avec une ramification aux Etats-Unis. Je n'entrerai pas dans le détail historique, sinon pour indiquer que cet appareil fut le premier reflex 24x36.
Il est à visée par le dessus : un miroir renvoie l'image sur un dépoli, comme dans les 6x6 du genre Hasselblad et Rolleiflex (ce miroir remonte au déclenchement et ne redescend qu'au réarmement). Les photographes étaient habitués à ce type de visée, mais le constructeur avait prévu une option plus moderne, le bloc viseur se retirant pour laisser place, en option, à un viseur à prisme. Le reflet d'un simple miroir est inversé, ce qui rend la prise de vue verticale très malaisée sans une solide habitude. Aussi a-t-on ménagé deux fenêtres, découpées dans les volets pare-soleil avant et arrière du viseur, pour une prise de vue à la volée. Dans cette configuration, le cadrage reste approximatif et il faut se passer de vérifier la mise au point.
Parlons-en, de la mise au point... Une loupe peut être déployée au-dessus du dépoli pour permettre à l'œil de s'en rapprocher pour un réglage précis. Mais la fermeture automatique du diaphragme restait à inventer, au temps de la conception. Aussi le réglage à petite ouverture est-il incertain, du fait de la faible luminosité et de la grande profondeur de champ. Heureusement, le fabricant de l'objectif a conçu un point de blocage de la bague du diaphragme à l'ouverture voulue : on peut viser à pleine ouverture et ramener la bague en butée sans quitter le dépoli de l'œil. Mais cela fait beaucoup de contraintes pour de la photo sportive ou d'instinct...
L'objectif, à baïonnette, est un Primoplan f:1.9-58 mm, fabriqué par Meyer Optik, à Görlitz, également en
Allemagne de l'Est (Meyer a produit une large gamme d'objectifs de bonne qualité pendant tout le XXème siècle). Je dois à Seba, du forum Chassimages, quelques renseignements utiles, puisés dans un livre de Clément Aguila et Michel Rouah. Cette focale atypique de 58 mm permet seule d'utiliser dans le boîtier un miroir standard. L'obectif plus classique de 50 mm nécessitait un miroir de taille réduite. L'objectif contient cinq lentilles en quatre groupes. L'usinage devait être d'une grande précision, car les bagues tournent toujours avec douceur, plus de cinquante ans après leur montage et alors qu'il ne doit plus rester grand chose de leur lubrifiant.
L'entraînement de la pellicule est débrayable pour la réalisation de surimpressions. A gauche, on trouve le levier d'armement et la molette des vitesses (de 1/1000 au 1/25, poses T et B). Le compteur de vues est assez spécial. Il ne se remet pas à zéro automatiquement : une molette permet de régler le compteur au nombre de vues de la pellicule, l'affichage étant dégressif jusqu'à zéro. Sur mon appareil, ce compteur est grippé, et, comme l'entraînement se débraye en fin de pellicule au lieu de se bloquer, on peut continuer longtemps à empiler des photos sur le dernier emplacement possible du film... A droite : une molette offre une pose de 1/5 de seconde à 12 secondes (en association avec le mode T ou B), ainsi qu'un retardateur, lui aussi réglable de 1/5 à 6 secondes, les deux fonctions pouvant être cumulées. Le bouton de déclenchement est sur la face avant, à gauche de l'objectif, et il est protégé d'une pression accidentelle par un petit capuchon pivotant.

Un appareil très complet, donc, solide, précis, beau, léger, ingénieux, mais peu pratique. Pour l'argentique, je dispose d'un Asahi Pentax Spotmatic qui n'est pas beaucoup plus récent, mais dont l'utilisation se rapproche de celle des appareils modernes (voir le sujet précédent). Je peux donc rendre celui-là à mon petit musée personnel, après quelques prises de vues, cet après-midi, au Quartier latin, du côté du Panthéon et de la Contrescarpe, dans le Vème arrondissement de Paris (Pellicule Ilford FP4 Plus 125 ISO commandée chez MX2. Posemètre utilisé : Lunasix 3).

Rue de la Montagne-Sainte-Geneviève.

La même en sens inverse, vers le boulevard Saint-Germain.


Massage de relaxation, place de la Contrescarpe (la composition est foutrailleuse, je le sais, mais le cadrage, avec cet équipement, nécessite un certain temps d'adaptation).

Place de la Contrescarpe.


Pressing ambulant, place du Panthéon.

Le Panthéon et la rue Soufflot (j'ai laissé le vignettage dû au scanner...).










